Chantier d’insertion féminin organisé autour de la récupération, de la remise en état et de la vente de textiles depuis 2001, le Grenier lance un nouveau projet de magasin mobiledans le but de vendre des vêtements à bas prix aux personnes âgées en maison de retraite. Françoise Tristan, Directrice de cette association havraise, nous présente cette action innovante, intergénérationnelle et qui devrait faire des émules dans toute la France.

Comment avez-vous eu l’idée de ce magasin mobile à destination des résidents de maisons de retraite ?
Deux choses. La première, c’est que nous avions beaucoup de personnes qui nous apportaient tous les vêtements des papis mamies décédés. C’était souvent de beaux vêtements, mais on n’arrivait pas à les vendre dans les magasins. Malheureusement, on les jetait et ça faisait mal au coeur. La deuxième, c’est que j’ai fait des remplacements de directrices et que je me souvenais qu’il y avait des personnes avec des petits moyens. Je me suis donc dis qu’il y avait peut-être un lien à créer. J’ai proposé au CCAS, qui s’occupe des Résidences pour Personnes Agées, s’il était interessé. Certaines directrices de résidences ont tout de suite été emballées. On a commencé avec deux d’entre-elles en mai 2006 et depuis les autres réclament. J’ai ensuite contacté l’ensemble des structures pouvant être interessées à 20km aux alentours du Havre pour essayer aussi.

Combien de personnes sont mobilisées sur ce magasin ?
On est parti de quatre nouveaux postes dont trois places supplémentaires pour le chantier d’insertion (ndlr : 3 CAV et 1 CAE) : une personne fait le repassage, une autre conduit le camion, s’occupe de la caisse, une autre prend les inscriptions et encaisse l’argent et une dernière qui remplit la mission de vendeuse et qui aide les mamies à s’habiller.

Comment cette action est-elle accueillie ?
Ca dépend. A la campagne, les gens sont plus réservés. Ils n’ont pas l’habitude d’acheter des vêtements d’occasion. En ville, cela dépend de la volonté de la directrice de présenter cette activité aux personnes âgées. La première fois, c’est un peu dur et puis, au deuxième passage, ça va mieux. Les mamies les plus timides osent venir. Une directrice a même remarqué que depuis le passage du magasin mobile, certaines retraitées mettaient plus de vêtements de couleur. Il y a vraiment un changement frappant dans la manière de se vêtir. Les mamies sont devenues plus coquettes car les prix sont plus abordables. De plus, les personnes âgées sont ravies de pouvoir aider les femmes. Le fait d’acheter constitue pour elles un geste important.

Comment les personnes du magasin mobile vivent-elles cette expérience ?
Les femmes salariées sont elles aussi ravies. Elles sont enthousiasmées de ce qu’elle voient. C’est un vrai bonheur. Il y a des liens qui se créent entre elles et les retraitées. Elles apportent du réconfort à des mamies qui ne voient pas toujours leur famille et qui ont besoin de se confier. Quand elles reviennent des résidences, les femmes sont heureuses d’avoir rendu ce service. C’est là qu’on s’aperçoit qu’il y a un grand besoin d’affection chez les personnes âgées en maison de retraite et qu’il n’y a pas suffisamment d’actions pour lutter contre cet isolement. Ce serait très bien si notre expérience pouvait se développer en France. Des personnes de Dordogne, de Colmar et du Sud m’ont déjà contactée et tant mieux si cette action parvient à faire "boule de neige".