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Du strapontin au balcon

le fabuleux destin de Villers-Ecalles

C'est entourée d'une grande discrétion, que la plus célèbre des pâtes à tartiner est fabriquée en Seine-Maritime. Chaque jour, l'usine Ferrero de Villers-Ecalles, première productrice au monde de Nutella, ne fournit pas moins de 2 millions de consommateurs.

Les secrets de confiseurs sont en général les mieux gardés. Le groupe italien Ferrero ne déroge pas à cette règle. Implanté en Seine-Maritime au début des années soixante, il y fabrique “confidentiellement” un produit mythique : la pâte à tartiner Nutella. Alors que l'entreprise familiale est aujourd'hui présente dans 33 pays, l'usine de production française a été la deuxième après l'Allemagne à ouvrir hors des frontières italiennes. Nichée à Villers-Ecalles, le long de l'Austreberthe, l'ancienne filature avait tout de suite séduit les responsables italiens en raison de sa proximité avec un port de commerce et de la main-d'oeuvre locale issue de l'industrie du textile et formée sans difficulté au savoir-faire de la chocolaterie. Aujourd'hui, La France, l'Italie et l'Allemagne constituent de véritables centres d'excellence pour le groupe qui y expérimente ses nouveaux produits.

Au rythme des innovations

Dès 1961, alors que l'usine commence à produire de la SuperCrema, rebaptisée La Tartinoise avant de prendre en 1966 le nom définitif de Nutella, l'usine lance les célèbres Mon Chéri. Villers-Ecalles continue ensuite de vivre au rythme des innovations : les Ferrero Rochers ou encore les Tic Tac en 1971. Premier produit sur le marché de la petite confiserie de poche, la fabrication d'une seule de ces pastilles est alors une véritable prouesse puisqu'elle ne nécessite pas moins de 48 heures pour réaliser un assemblage de couches successives qui développent progressivement en bouche les saveurs du bonbon. Les investissements suivent ce rythme effréné. Entre 2004 et 2006, vingt millions d'euros ont par exemple été investis dans la construction d'une nouvelle ligne de conditionnement modulable pour Nutella. Aujourd'hui répartis sur trois sites : Mont-Saint-Aigan pour le siège social, Villers-Ecalles pour la production et Grand-Quevilly pour l'entrepôt, ce sont près d'un millier de salariés qui travaillent au sein de Ferrero France. La branche française n'a d'ailleurs cessé de multiplier son chiffre d'affaires passant de 219 millions d'euros en 1990 à 928 millions d'euros en 2006. Une bonne santé notamment portée par la pâte à tartiner dont la production est destinée à 76 % à la France qui couvre ainsi ses besoins, le reste étant exporté dans les pays européens voisins et même en Australie via le port du Havre.

La recette familiale du Nutella

« Fabriquer du Nutella c'est un peu comme construire un puzzle de 10 000 pièces. Il faut déjà posséder les 10 000 pièces et ensuite trouver comment les imbriquer », souligne Jean-Michel Ollivier, directeur de l'usine de production de Villers- Ecalles. Car si les ingrédients apparaissent clairement sur chaque pot, les matières premières choisies minutieusement pour obtenir une qualité constante, les dosages et les réglages des machines de production contribuent à entretenir le secret qui entoure la fabrication de la célèbre pâte à tartiner. L'histoire remonte ainsi au lendemain de la seconde guerre mondiale. Installé dans le Piémont, au Nord de l'Italie, un pâtissier, Pietro Ferrero tente de remplacer les fèves de cacao devenues de plus en plus rares et de plus en plus coûteuses par des noisettes abondantes dans sa région et dit-on les meilleures du monde ! Il élabore ainsi le Giandujot, une sorte de pain de chocolat qui se découpe au couteau. Le succès est immédiat. Trois ans plus tard, Pietro Ferrero retravaille néanmoins sa recette pour la rendre plus crémeuse et plus facile à tartiner. SuperCrema, qui sera plus tard rebaptisée Nutella, est née. En 1949, son fils Michele perpétue la tradition. Il développe l'entreprise familiale en conservant évidemment la recette de son père. Il invente également de nouveaux produits et se lance surtout dans un développement international. L'Europe est sa première zone d'implantation. Après l'ouverture d'une usine en Allemagne, le site de Villers- Ecalles s'impose jusqu'à devenir le premier producteur de Nutella au monde. Pour ceux qui penseraient désormais tout savoir sur la célèbre pâte à tartiner, une dernière précision s'impose. Les véritables connaisseurs emploient Nutella au genre féminin : la Nutella étant la contraction de “nuts” (noisettes en anglais) et du suffixe italien féminin “ella”.
A savoir

Une technologie exclusive

« La devise de la maison est claire : si nous ne voulons pas être en retard, il faut avancer », souligne Germain Eudier, responsable du département Kinder Bueno sur le site de Villers-Ecalles. « Depuis 15 ans que je travaille ici, les investissements et le développement ne s'arrêtent jamais. » Pour tous les produits de la marque (Mon Chéri, Tic Tac, Kinder Surprise), un savoir-faire technologique exclusif et extrêmement pointu est développé par le groupe. Depuis 1995, la production de Kinder Bueno au sein de l'usine de Villers-Ecalles en est l'exemple : gaufrier géant, baignoire de chocolat forment un univers tout droit sorti du film de Tim Burton “Charlie et la chocolaterie”

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