Il y a huit ans, ce n'était encore qu'une friche, une prairie à vaches, traversée par un bras de la Béthune ; les projets sont nés avec le temps.
Le potager biologique, puis la mare où prospèrent les amphibiens, le jardin des plantes médicinales et de sorcellerie qui nous renseigne sur les vertus des plantes sauvages. Ensuite est venu le verger de pommiers normands, l'arboretum et le coin à saules, enfin, la roselière qui contribue au traitement des eaux usées de Saint-Nicolas d'Aliermont. C'est à l'Association de parents et amis de personnes en situation de handicap (APEI) de la région dieppoise que revient l'initiative de ce parc accueillant en atelier de jour une petite vingtaine d'adultes atteints de handicap mental, encadrés par quatre éducateurs. Tous ensemble, ils ont conçu ce lieu dédié à la nature autant qu'à l'humain, au plaisir de déambuler dans un environnement champêtre autant qu'à celui de rencontrer l'autre, de partager. « Tout ce qui a été construit ici associe étroitement les participants qui, grâce à des outils adaptés peuvent développer leurs compétences », insiste Isabelle André, chef de service de l'atelier. Du coup, jour après jour le jardin s'est enrichi, chacun s'attelant à la tâche précise qui lui a été confiée. Planter, sarcler, ramasser l'herbe, nourrir l'âne ou les chèvres mais aussi accueillir le public, les enfants des écoles, leur apprendre comment faire le terreau, ou les boutures…
Feuillages d'automne
Dès les premiers beaux jours, l'Avenue verte se remplit de promeneurs et le parc se transforme en “annexe” : pas de grille ici, ni de portail, l'accès est gratuit et c'est ensuite à la carte, selon le temps, l'humeur. On y vient pour se détendre, flâner, respirer, se laisser guider, pique-niquer ou écouter la rivière, siroter au comptoir de la buvette ou louer un vélo. Il y a toujours quelqu'un pour vous accueillir, vous parler des merveilleux feuillages d'automne, des floraisons de printemps, du mariage des écorces blanches et acajou. Ou encore, vous inviter à écouter sous l'abri de saule les oiseaux de la réserve ornithologique attenante, répertoriée par le Groupe ornithologique normand (Gon). Puis, emmener les enfants voir les poneys, explorer le poulailler, jouer sous le tipi végétal. Aux portes de l'Avenue verte, de Paris à Londres, l'équipe du parc voudrait amener insensiblement le public à changer de regard sur le monde du handicap, à développer aussi une autre forme de tourisme qui laisse la passion des hommes imprégner les paysages ; depuis un an, cette équipe travaille ainsi sur un partenariat francoanglais* pour mettre en valeur le site, un projet baptisé tout simplement… “Tourisme extraordinaire”. *Dans le cadre du programme d'initiative communautaire InterregIII de soutien aux projets de coopération transeuropéenne et du fonds Feder.