Un groupe d'adolescents dévale le perron, traverse la cour en direction de l'ancien grenier à foin qui abrite désormais la cantine avant de pousser la porte du CDI, installé dans l'orangerie. La salle de billard du château est devenue une salle de classe et la salle des gardes, bien sûr, le bureau des surveillants, avec en exergue la devise du lieu : « Boutez en avant ! ». Quelques décors subsistent, quelques boiseries, mais plus rien du faste d'antan : la vie de château se veut plus fonctionnelle. Mais on imagine le plaisir d'étudier dans cette belle construction XVIIe… Une petite faveur que l'on doit à Madame Lebey, dernière d'une longue lignée de propriétaires privés, connue pour sa coquetterie autant que son fichu caractère. Décédée sans enfants en 1944, elle avait pris soin dans son testament de déshériter jusqu'à la moindre petite cuillère ses héritiers naturels accusés de collaboration pendant la guerre et institua l'État Français pour légataire universel.
Visite de la cidrerie
Au bout du compte, le château fut rapidement laissé à l'abandon, pillé et désossé, il fit surtout le bonheur de générations de gamins qui en avaient fait leur repaire. « Jusqu'à ce que soit engagée la première étape de la régionalisation qui attribua aux régions la gestion des lycées », explique Joël Masse proviseur du lycée. Il n'existait pas alors de lycée agricole en pays de Bray et après de lourds travaux de réhabilitation, le nouveau lycée ouvrait donc ses portes en 1990, au milieu d'un vaste domaine de 100 ha dans lequel le public est désormais invité à se promener librement. Au fond de la cour, un verger conservatoire veille sur le devenir de quelque 500 variétés de pommes de la région et un peu plus bas, un sentier coupe droit dans la pâture jusqu'au site de l'exploitation agricole. On y visite la cidrerie et l'on peut assister à la traite ou faire un saut jusqu'au point de vente, histoire de tester la production locale, se délecter de quelques petites douceurs maison. Royal !