


L'approche est somptueuse, au détour d'un plan d'eau, il tarde au visiteur de contempler le château masqué derrière ses dépendances. Ce dernier fut construit à partir de 1640 à l'initiative d'un parlementaire de Rouen, Pierre le Marinier, et achevé en six ans, dans une parfaite unité de style. Depuis, à l'exception d'un perron un peu disgracieux, aucun ajout n'a été fait et plus de trois siècles après, « le château de Cany nous apparaît encore exactement comme il est né, dans son écrin végétal », remarque Laure Normand, fille de l'actuel propriétaire, Antoine de Dreux-Brézé.
Le choix d'y habiter
Autre fait notable de ce château, il n'a jamais quitté la famille des descendants de Pierre Le Marinier et conserve de ce fait une grande partie de son mobilier d'origine, pour l'essentiel XVIIIe. Mais depuis 1980, date à laquelle, il est décidé de l'ouvrir au public, le château n'est plus occupé. « Un regret » pour Laure Normand qui, après y avoir vécu toutes ses années d'enfance, songe sérieusement à s'y réinstaller l'été, pressée de « réveiller ces bruits qui remplissent d'ordinaire les maisons habitées ». De plus, « le château est beaucoup moins colossal qu'il n'y paraît », précise-t-elle. Une douce clarté baigne l'intérieur divisé en pièces à taille humaine et derrière les tapisseries et les boiseries Régence, les commodes marquetées et les soieries des lits à baldaquin, une vie plus familière semble toute prête à renaître, portée par le souffle du quotidien ou l'ivresse des grandes vacances. Comme s'il y avait décidément quelque chose d'un peu trop sage dans la visite de ce château à l'apparence si solennelle, une envie brûlante de sauter par-dessus les cordelettes pour se livrer à une vaste partie de cache-cache dans les escaliers dérobés, sous les tables des anciennes cuisines, dans les sombres alcôves des chambres à coucher.
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