Depuis la grille d'entrée, la marche est longue mais le visiteur est attendu. Une succession de deux cours enjambant une douve sèche conduit au château. La pierre dégage ici une incroyable élégance, la sobriété du grès rehaussé par le rouge orangé de la brique, fondue dans une architecture parfaitement symétrique et sans excès de fioritures. « Le château a été construit à la fin du XVIIe et peu retouché par la suite, ce qui explique cette remarquable unité », commente Aliette Gillet, propriétaire des lieux. Un château presque translucide que l'on traverse en quelques enjambées d'une entrée à l'autre du vestibule. À l'arrière, l'escalier redescend vers le jardin qui prend ici l'aspect de longues perspectives bordées de hêtres bicentenaires et de rangées de tilleuls rectifiés au carré. Mélange de pureté et de sévérité, du velouté des pelouses rases aux topiaires d'ifs et de buis taillés selon les règles de la géométrie. Presque trop ordonné pour que le regard ne finisse par s'inventer des détours et profite d'un “saut-de-loup” pour aller s'égayer dans le lointain.
Le goût des stucs Le château de Galleville avait la carrure pour accueillir de grands personnages ; il fut occupé par une lignée simplement éloquente qui commence par Pierre Roque de Varengeville, son bâtisseur et parlementaire de Rouen, conseiller du roi Louis XIV. Affecté comme ambassadeur à Venise, il ramena dans ses valises le goût des stucs dont il tapissa la chapelle devenue une curiosité en pays normand. Entré dans la famille des actuels propriétaires depuis 1769, le château restera toujours habité à cette parenthèse près de la seconde guerre mondiale qui se termina par un tragique incendie. Un panneau à l'entrée évoque ce souvenir que huit années de travaux acharnés auront fini par effacer. En vaguant d'une pièce à l'autre, il n'y paraît plus rien aux yeux du visiteur venu explorer le monument un demi-siècle après. De la chapelle à la bibliothèque, du salon de billard au salon de musique, le fil de l'histoire s'écoule naturellement avant de retrouver le chemin du jardin par les anciennes cuisines. Cette partie-là est classée “jardin remarquable”. Indispensable réconciliation poétique après l'excès d'austérité du parc à la française. L'espace s'y divise entre le jardin potager et le jardin de fleurs, les bleus lavande et les blancs argentés, les roses et les mauves, quelques massifs tirant sur le jaune. Dernière étape d'un parcours tout en subtilités.