Si vous vous égarez en pays de Bray, du côté de la départementale 97 et que vous ne parvenez pas à rejoindre le château de Mesnières, vous ne resterez pas longtemps dans l'expectative. Demandez votre chemin au village, on saura toujours vous indiquer la route à suivre. Vous entendrez parler alors des trésors que ce monument abrite, de ses jardins dessinés par Le Nôtre et du tragique 20 février 2004. Mais, n'anticipons pas…
Les Seigneurs de Mesnières
Tout part des ruines d'une forteresse démantelée lors de la guerre de Cent Ans. Les premiers seigneurs de Mesnières sont déjà aux avant-postes et ils ne seront pas mois de 29 à se succéder jusqu'au début du XIXe siècle. Parmi cette dynastie, la famille de Boissay laissera une empreinte plus profonde dans la terre brayonne en décidant au XVIe siècle de faire construire un château dans le plus pur style Renaissance. L'architecture de l'édifice relève alors le défi d'une double influence : d'un côté, on retrouve des tours cylindriques encadrant le bâtiment principal, écho des ascendances médiévales ; de l'autre côté, on découvre un plan largement inspiré du château de Chaumontsur- Loire. Derrière ses façades renforcées de mâchicoulis, le château abrite notamment un pavillon central dont la façade relève son élégance de pilastres grecs, de grandes croisées, de bustes et d'armoiries. Et ce n'est pas là le moindre des attraits de ce monument brayon inscrit au coeur de la vie des habitants. À tel point qu'au XIXe, il produisait et vendait l'électricité au village et abritait le boulanger. Imaginez à présent que tout ce patrimoine ait pu disparaître en fumée.
Proie des flammes
Le vendredi 20 février 2004, à 11 h 07 très précisément, l'alarme incendie est déclenchée. Les flammes montent déjà de la chapelle. Rapidement, le feu se propage et la toiture de la façade est la proie des flammes. Pas moins de 15 centres de secours ne pourront empêcher l'extension du sinistre et la dévastation du château. Les dégâts sont considérables notamment pour la chapelle et l'ensemble du premier étage. Deux ans et demi après le drame, le château retrouve peu à peu son allure d'origine. Il continue d'offrir un cadre exceptionnel aux 600 élèves de l'Institution Saint-Joseph et reste ouvert au public dévoilant encore ses plus beaux attraits : la grande galerie du XVIIe où le marquis de Mesnières fit sculpter sept cerfs. Mais aussi la salle des quatre tambours, une des plus belles du château, autrefois salon de musique. Ou encore, la salle des cartes qui découvre deux planisphères du XIXe pour le ciel boréal et le ciel austral, sans oublier la chapelle seigneuriale. Et le phénix de pierre renaît chaque jour davantage…
La galerie des cerfs
Le marquis de Mesnières, qui veillait à la destinée du château au XVIIe siècle, était un homme de tradition et un amateur de chasse. Afin de conjuguer ses principes et sa passion, il fit construire en 1660 la Galerie des Cerfs dans l'esprit de celles déjà aménagées à Blois, à Chantilly et même à Fontainebleau par Henri IV en personne. Sur la paroi faisant face à la cour d'honneur, six grands cerfs sont sculptés en taille réelle. Le septième, dominant les autres par sa majesté, toise ses congénères à l'extrémité nord de la galerie. A noter que chacun de ces trophées a une attitude différente et présente la particularité d'être dotés de bois naturels. Ce détail participe notablement à l'impression saisissante de vérité qui se dégage de ces seigneurs de la forêt. Pour un peu, on imaginerait aisément les parties de chasse à courre organisées au château de Mesnières-en-Bray, les cris des chiens, les sonneries des piqueurs faisant vibrer les sous-bois de la forêt d'Eawy.