C'est l'histoire d'un château fort que le temps a adouci ; construit à la fin du XVe siècle par un certain Zanon de Dampierre, Seigneur de Biville-la-Baignarde, il est d'emblée taillé à la mesure d'une époque encore troublée par les derniers soubresauts de la Guerre de Cent ans. Mais l'histoire va se charger de creuser ses brèches et démonter ce système défensif. Avec le retour de la paix, les murs d'enceinte démolis ont laissé place à de jolis parapets de grès et de silex, découvrant le corps de logis et repoussant la chapelle dans son coin solitaire. Quant au pont-levis qui formait autrefois l'unique accès, il est devenu chemin de terre conduisant à l'ancienne porte fortifiée toujours cramponnée à l'entrée de la cour.
Un lieu de paix À l'origine cerné de toutes parts par les eaux de la Saâne, le château campe désormais sur une douve artificielle creusée entre 1850 et 1860 pour lutter contre les crues récurrentes de la rivière et alimentée par des eaux de source. Ici passe le GR 212 qui descend la Saâne, depuis Val de Saâne jusqu'à Quiberville. Empruntant une large allée engazonnée bordée de charmilles, il enjambe la rivière puis se faufile dans la végétation, contournant le château qui surgit au passage du promeneur, éblouissant. Quand les brumes d'eau se dissipent, la couleur des briques change au gré de la lumière « du rose par temps de pluie au doré, lorsque le soleil fait son apparition », évoque Marie-Hélène Kourimsky, l'actuelle propriétaire. Miroitant dans les eaux brouillées par un léger courant, la vaste bâtisse, coiffée d'ardoise et étoffée de deux ailes carrées au XIXe, semble s'étirer à l'infini. On peut poursuivre le sentier qui grimpe plus loin à l'assaut de la colline boisée jusqu'au remarquable point de vue offert au sommet de l'escalier à double révolution amené il y a à peine un siècle d'Elbeuf et remonté ici pierre à pierre. La vue est impressionnante sur les jardins à la rigueur presque militaire, quadrillés de pelouses parsemées de topiaires et de banquettes de bégonias, tout en harmonie de vert et de rose. Minute d'enchantement, habitée par le chant incessant de l'eau qui s'écoule. « C'est un lieu de paix et hors du temps », reconnaît Marie-Hélène Kourimsky, comme si dans le secret de cette vallée humide, l'ancienne forteresse avait été touchée par la grâce…