


À chaque printemps, un souffle de vie ébranle sa carapace, inonde de sève la chair de ses grands bras usés; à chaque printemps, les habitants guettent avec impatience le retour des premiers bourgeons et poussent un soupir de soulagement: une fois encore, leur vieux chêne aura passé l'hiver. Alors la vie peut reprendre son cours, les allées et venues du matin, l'appétit gourmand des appareils photos, les cars de touristes allemands et belges, tous un peu éblouis par ce miracle de la nature, témoin silencieux du passage d'une bonne trentaine de générations.
Notoriété grandissante Son histoire remonte à plus de mille ans puisqu'on raconte qu'il aurait été planté vers 911, pour la naissance de la Normandie; mais rien n'est sûr. Toujours est-il que c'est bien plus tard, vers 1696, qu'il aurait vraiment commencé à faire parler de lui: lorsqu'un curé, l'Abbé Théobald du Cerceau, souhaitant devenir ermite, décida d'y prendre ses quartiers, logeant à l'étage, tandis qu'une petite chapelle était aménagée au rez-dechaussée. En prenant de l'âge, l'arbre s'était creusé de l'intérieur, offrant dans ses entrailles le petit mètre carré nécessaire pour une vie d'ascète. Quelques années plus tard, le locataire ayant quitté les lieux, ne resta plus que… l'arbre pour tenir la vedette. Fort de sa notoriété grandissante, il fut épargné par la Révolution française, sa chapelle ayant été rebaptisée opportunément “temple de la raison” et au XIXe siècle, le chêne d'Allouville-Bellefosse avait définitivement assis son statut de curiosité, faisant l'objet de soins attentifs de la part des villageois. On tapissa l'intérieur des chapelles de lambris, recouvrit son tronc d'un manteau d'écailles de bois et aménagea un véritable escalier doté d'une balustrade pour en faciliter l'accès.
Projet pour 2007 Frappé en 1912 par la foudre qui l'amputa de moitié, il est depuis sans cesse ausculté, soigné, consolidé enfin, en 1988 par une structure métallique qui lui laisse juste encore le loisir de respirer. Héros d'un film de Serge Pénard en 1981, il est un peu l'ancêtre, autour duquel tout le monde se retrouve : le cafetier qui, chaque soir depuis vingt ans, ferme les chapelles et relève le tronc, le menuisier, à l'affût de ses moindres blessures, et tous les autres. À chaque toussotement de l'arbre, c'est tout le village qui est en émoi. Consciente de sa responsabilité, la municipalité prévoit d'ailleurs pour 2007 de lui refaire une santé avec reprise des escaliers, réaménagement des abords pour éviter le piétinement et améliorer les conditions de sécurité, sur le mode : “Il faut sauver le chêne d'Allouville-Bellefosse”…
Le Chene et ses petits…
À quelques kilomètres du centre d Allouville Bellefosse, dans une ancienne maison à colom bages, s est installé le Centre d hébergement et d études sur la nature et l'environnement ou CHENE; le nom était bien trouvé et l'initiative en revient à Jean Pierre Jacques, son fondateur et passionné de la première heure, qui décida il y a une vingtaine d années de créer ce centre pour sauver les oiseaux victimes de dégazages sauvages. Aujourd hui, le Chene recueille plus de 1000 animaux chaque année, principalement des oiseaux mais également, quelques hérissons, canards ou même phoques, victimes de diverses pollutions et les soigne avant de les relâcher dans leur milieu naturel. On peut découvrir sur place les activités du centre mais également vi siter le musée de la nature qui le complète. Ce dernier vise à familiariser le grand public avec la faune de Haute Normandie et à le sensibiliser à son nécessaire respect. Avec chaque année une exposition temporaire qui débute au printemps; thème prévu pour 2007: la rivière et les milieux humides. Pour en savoir plus et avoir le programme des sorties nature: CHENE, Hameau du Bouillot, 76190 Allouville Bellefosse. Tél.: 0235960654 ou www.chene.asso.fr.!
POUR EN SAVOIR PLUS Point informations Rue André Bourvil 76190 Allouville-Bellefosse Tel. : 02 35 95 16 00
