Il tourne autour d'elle, la caresse, l'enlace, mêle son geste à sa silhouette efflanquée : Christophe Ly
danse avec Ichtys, une chimère mihomme, mi-animale, sculptée par l'artiste Hervé Delamare. Il danse
avec ce qui le questionne, s'entoure de ce qui l'inspire : un jardin, une abbaye, un mur, une crypte, une
friche industrielle, des émotions qui le traversent, entrent en résonance. « J'ai découvert la danse comme une révélation », se souvient Christophe Ly. Mais il aura fallu quelques détours pour en arriver là. Un bac de chimie, six années passées comme laborantin sur la zone industrielle du Havre. « J'ai commencé la danse très tard, à 22 ans, je pensais ne jamais devenir danseur professionnel », raconte t-il.
Premier soloPourtant la chance lui sourit : son talent est repéré par la chorégraphe Belge, Nieke Swennen qui l'aide
à monter son premier solo. Et dès 2002, Christophe Ly crée sa propre compagnie “Les murmures du
corps”, avec laquelle il monte une série de pièces “Murmures”, “Rendez-vous”, “les Fantômes de pierre”
et “la Chambre”. Parallèlement, il suit une formation d'infirmier psychiatrique avec, déjà en tête, l'idée d'y mêler sa passion pour la danse. En 1994, il monte à l'Hôpital psychiatrique du Havre un atelier de danse qu'il anime toujours « Nous préparons, pour la fin de l'année, un spectacle inspiré de l'épisode du Radeau de la Méduse », et il ajoute, « travailler avec des patients atteints de maladie mentale est un formidable échange : on apprend l'humilité, l'oubli de soi, comment faire évoluer son regard sur les autres », explique le danseur qui s'intéresse aussi à la façon dont le « processus de création peut transformer une personne en profondeur ».
L'esprit du buto Pour lui, la danse est une mise en scène du corps qui porte en elle une réflexion autour de l'identité et de sa métamorphose. Elle traduit nos expériences les plus profondes, nos fractures et la part de
folie qui est en chacun. « Derrière toute création, il y a une vraie quête », pense Christophe Ly qui vient aussi de publier son premier livre l'Empreinte de l'ombre, un roman inspiré de sa propre histoire : la recherche d'un père qu'il n'a jamais connu. « Il faut aller au fond de soi pour écrire », explique-t-il « comme il faut explorer cette mémoire affective qui habite notre corps pour danser ». C'est à un véritable voyage intérieur qu'il invite son lecteur tout autant que son spectateur dans “l'Esprit du buto”, danse
japonaise contemporaine à laquelle Christophe Ly, lui-même d'origine cambodgienne s'intéresse depuis longtemps : il s'agit simplement de comprendre comment chaque mouvement peut être l'expression de notre bouillonnement intime, l'écho sincère de nos blessures secrètes, ce que Christophe Ly appelle « Les murmures du corps »,
un cri d'autant plus violent qu'il est
silencieux.