Si on lui demande quel est son métier ? Il réfléchit un court instant et finit par en conclure : « Il faut que j'invente un mot ! ». Artiste boulimique, travailleur impénitent, il a toujours une centaine de projets dans la tête et une tonne de papiers sur sa table, avec pour seul fil conducteur : l'amour de l'art et de la nature. Un couple réuni à merveille dans le labyrinthe qu'il a créé il y a trois ans, dans le petit village de Massy où il réside depuis 27 ans, au milieu des paysages ondulés du pays de Bray. Il ne s'agit pas d'un de ces labyrinthes géants qu'on taille un peu partout l'été dans les champs de maïs, mais d'un labyrinthe planté de hêtres, servant de refuge aux oiseaux et vivant au rythme des saisons. Une oeuvre d'art en quelque sorte.
Un peu de malice et de poésie« Mon premier objectif était d'attirer ici les 70 % de gens qui ne fréquentent jamais les galeries d'art ». Son second objectif, de faire venir aussi les 30 % restant ! En mariant habilement, le ludique et l'esthétique, l'humour et la méditation, le tragique et le comique, Geoff Troll a fait le pari qu'avec un peu de malice et de poésie, on peut amener doucement les gens à changer de perception, évoluer vers quelque chose de plus essentiel. Pour Geoff Troll, il n'y a pas d'art avec un grand A, seulement des émotions esthétiques qu'il suffisait de semer. Grandi dans les quartiers ouvriers de l'est de Londres, il se méfie des artistes qui se drapent dans une éternelle souffrance et « a toujours aimé cette idée que l'art pouvait avoir un rôle social » : aider les gens à se perdre pour mieux se retrouver. Il témoigne ainsi d'un goût précoce pour l'art thérapie, métier peu connu en France mais très courant en Angleterre utilisant les techniques artistiques « pour amener l'esprit vers de nouvelles découvertes, libérer, par l'art, les émotions ».
Dialogue avec la nature Art thérapeute mais aussi découvreur de talents, peintre et sculpteur à la réputation désormais internationale, Geoff Troll trouve son inspiration dans un dialogue permanent avec la nature. « Les arbres, les cailloux me parlent ». Il aime les formes rondes qui laissent toujours penser qu'il y a quelque chose d'autre derrière, se sent aussi à l'aise dans le bronze que le Land art, partant du principe que tout est éphémère : « ce n'est qu'une question de mesure du temps ». Comme le labyrinthe, l'art nous renvoie finalement à notre propre complexité. Un simple effet de miroir qui en l'occurrence aurait plutôt l'apparence du diamant, pense-t-il, avec sa multitude de facettes à explorer.