On entre dans la chambre de sa petite Lison comme on va au pays des fées, par une porte en forme de haricot garnie de pions et de gros tubes coincés dans la peinture orange. « Ce sont ses anciennes boîtes de lait que j'ai collées », s'amuse Marc Brotons, ex-vendeur de pub, artiste en perpétuelle gestation, talentueux par hasard autant que par nécessité. « Ma vie est faite d'incidents de parcours », reconnaît-il. Quand il quitte au début des années 80 sa grosse agence parisienne, c'est juste parce qu'il « avait envie de dessiner ». Pendant trois ans, il découvre ainsi le trait puis la couleur et fait ses premiers pas dans le monde des galeries et des salons avant de se lasser : « on arrive, on accroche, on décroche ; c'est finalement très conventionnel ; j'ai eu le sentiment que l'art était ailleurs ». Ailleurs, c'est-à-dire dans son musée imaginaire, celui qu'il a construit dans sa tête avant qu'il ne grignote tous les recoins de sa maison de Saint-Pierre de Manneville. OEuvres d'art faites de bric et de broc, de CD récupérés, de capuchons de kinder, de bois flottés, de palettes de chantier, d'objets abandonnés, envahissant les murs, les moulures de portes, les escaliers, à l'assaut des plafonds, pour magnifier le quotidien. Marc Brotons est de ceux qui pensent que l'art enjolive le monde, que la couleur rend les gens plus heureux. Il voudrait faire de sa maison un laboratoire de recherche, un vaste décor comme ceux qu'il monte dans son atelier de Canteleu pour la compagnie des Plastiqueurs et les déambulations de rue ; déclinant à l'infini son identité d'artiste, signant “Galixo” quand il travaille sur un meuble, “Papa Polo” quand il créée pour sa famille mais réservant “Archaos” pour un tableau plus torturé et “Tyrex” quand il détourne des oeuvres d'artistes ; univers déroutant d'une maison-musée, où tout est autorisé, excepté la panne d'inspiration.