Artiste boulimique et professeur de métier, Nicole Bayle a plus d'une corde à son art : de la peinture à l'huile à celle des boîtes à fromage, de l'art postal à l'art de la récupération, il y a au moins une chose dont elle est sûre : « On en meurt de rester au même endroit. » Son cursus créatif est impressionnant, sa curiosité sans limites, ses armoires surchargées de ses kaléidoscopes, masques, totems, bois flottés, livres d'artistes, peintures en tous genres et sur tous supports jusqu'aux “dessins d'attente” hâtivement griffonnés sur le seuil d'un restaurant. Il y a dix ans, elle a même commencé un tricot « qu'elle ne finira sans doute jamais », à raison de trois rangs par jour et d'un motif tous les trois ans : « Il mesure aujourd'hui entre quinze et vingt mètres », évalue grossièrement Nicole Bayle qui prévoit au mois de juin prochain de le dérouler comme chaque année sur la plage de Dieppe : « Bientôt il ira jusqu'à la mer ! » Alors, faut-il la croire quand elle nous dit que certains jours, l'inspiration lui manque, qu'elle grimpe dans le fourbi de son grenier, glaner les idées au milieu de ses cartons remplis de plumes, de boîtes de conserve, de bâtons d'esquimaux, de vieux timbres, de morceaux de tissus à recycler et avec humour : « Je suis un art qui se ramifie », commente-t-elle fataliste… « Mais je n'invente rien », s'empresse- t-elle d'ajouter et, toujours lucide : « D'ailleurs, on n'invente plus rien à notre époque. Je travaille juste sur mon quotidien. » La couleur, toujours plus de couleur finement ciselée, jetée sur le bois, le métal ou le carton avec force et conviction, une impression joyeuse, c'est ce qui reste de son travail. Et le lien dans tout ça ? Elle ne voit pas autrement sa vie d'artiste : répéter indéfiniment ce que l'on a en soi…