Plus tard, il serait artiste ; ou plutôt, plongeur sur la Calypso si la vie n'avait fait le tri dans ses rêves car pour rien au monde aujourd'hui, il ne quitterait son métier de ferronnier. À 40 ans passés, il a créé son entreprise baptisée “Rouge-Cerise”. Un nom qui lui ressemble, teinté de poésie et d'un souci de précision extrême « le rouge-cerise, c'est un certain degré de température du feu », explique Marck Auvray en professionnel averti. Dans le métier, son parcours est plutôt atypique. Tenté par le dessin, il commence par suivre un cursus à l'école des Beaux-Arts du Havre où il découvre le métal mais sort sans « avoir jamais touché une enclume ». Qu'à cela ne tienne, la ferronnerie le poursuivra.
La magie du feuLes études raccrochées, il travaille pour gagner sa vie, des décors de théâtre au métier d'éducateur, tout en sachant qu'un jour il y reviendra : « à ce plaisir de créer de ses mains ». Issu d'une famille d'artisans du pays de Bray, Marck Auvray sait de quoi il parle « J'ai toujours baigné dedans ». Il aurait pu choisir la menuiserie, comme son grand-père. « Mais quand j'étais petit, il m'interdisait de toucher aux outils à bois ! », plaisante-t-il. Plus sérieusement, il sait que cette passion lui vient de l'intérieur : une certaine fascination pour le feu qui rougit le fer, et brusquement l'assouplit. « Au premier abord, il y a quelque chose d'agressif dans le métal. Il faut une certaine force mentale pour le comprendre », convient Marck Auvray qui nuance aussitôt : « mais il s'apprivoise ». L'homme s'émerveillera toujours devant la variété
des formes qu'épouse cette matière. « Il n'y a pas d'inconnu, beaucoup moins de surprises qu'avec le
bois par exemple ».
Travail en finesseAprès une formation en accéléré par l'Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) et un appétit d'autodidacte boulimique, il décide donc de s'installer à 34 ans avec un objectif clairement défini : « concevoir et réaliser des pièces uniques ». L'image est là dans la tête, prête à être forgée et cédant à toutes les audaces : « Le métal offre finalement très peu de contraintes tout en présentant une grande résistance, ce qui permet de le travailler en finesse », poursuit Marck Auvray, volontiers avant-gardiste, mais convaincu que l'originalité ne suffit pas et que tout est question d'harmonie entre ses meubles, garde-corps, grilles, rampes d'escalier et leur environnement existant. Est-il artiste
ou artisan ? Il a le talent de l'un et la modestie de l'autre. De son enfance, il a gardé son grand front de rêveur, mais depuis qu'il joue avec le feu, Marck Auvray a surtout appris une chose importante : « le vrai plaisir qu'il y a à travailler pour les autres »