Son île à lui est peuplée de galets, de petits bateaux de pêche, de grands ciels rougeâtres, d'insectes et de boutons d'or ; le fruit de ses longues pérégrinations au sommet des falaises couché sur papiers argentiques, s'affiche aux murs de son antre. Depuis longtemps, depuis toujours peut-être, Christophe Lacuisse rêvait de renouer le contact avec la nature, celle de son enfance passée dans la campagne d'Allouville-Bellefosse. Mais l'atterrissage est brutal. À 36 ans, il prend le risque de démissionner de son travail et se retrouve à errer sur les plages, quelques euros en poche, son sac, un appareil photo et sa petite chienne Ybo. « J'ai commencé à ramasser les déchets », comme si ce premier geste était tout naturel. Des sacs entiers de tout ce que les gens jettent et quand il a fini son ménage, il fait des photos, pour gagner sa vie. Christophe Lacuisse est devenu Simtof. Un peu de lui, Christophe, un peu de son fils Simon ; il faudra bien qu'un jour on pense aux nouvelles générations. Le sourire enfantin, sous une tignasse de sauvageon, ce Robinson des temps modernes serait prêt à tout pour attirer l'attention, balançant entre la révolte et l'efficacité, très terre à terre quand il s'agit d'organiser les conditions de sa survie. « L'hiver venu, il a bien fallu que je m'installe quelque part ». Ainsi est né il y a un an et demi l'espace Simohé, en hommage cette fois à sa fille Mohéra. Un ancien centre médical dont il a fait son quartier général, à deux pas de la plage des Grandes Dalles. D'ici, il organise des sorties “ramassage”, accompagne les randonneurs sur le GR21 et parle du nécessaire respect de la nature, confiant dans les lendemains mais sans trop d'illusions sur l'avenir, bien disposé à prendre sa part de boulot “pour sauver le monde”.