Depuis qu'il est enfant, il aime venir ici, s'asseoir sur le haut des falaises et observer des heures durant la silencieuse progression des oiseaux dans l'air marin : « ils représentent la liberté ». Havrais de naissance mais petit-fils d'agriculteur, Cyriaque Lethuillier se souvient des moments passés dans la ferme de son grand-père à la Poterie-Cap d'Antifer. « C'est ce qui m'a aidé à porter sur la nature un regard de respect ».
Il rêve de devenir garde-chasse puis s'oriente vers la protection de la nature : « je n'ai pas seulement l'âme d'un contemplatif, je veux aussi être acteur ». Il pense à ses deux garçons et aux générations futures. Jusqu'au jour où le destin finit par le rattraper « J'étais bénévole au GONM (Groupement Ornithologique Normand ) qui a fini par me proposer la place de conservateur sur… la réserve d'Antifer ». Cette nouvelle affectation sonne comme un retour aux sources. « Les falaises d'Antifer sont l'un des sites les plus riches de tout le littoral cauchois avec 7 espèces d'oiseaux marins recensées et 11 espèces d'oiseaux rupestres (nichant sur les falaises) ». Il passe des journées entières à scruter les parois abruptes, la moindre anfractuosité, à recenser chaque couple, chaque battement d'aile, capture au fond de ses jumelles l'envol des grands cormorans, des goélands, des mouettes tridactyles et des faucons pèlerins revenus nicher après quarante ans d'absence. « On se familiarise avec leur comportement. On réapprend le sens de l'écoute, à capter tous ces petits événements qui d'ordinaire nous échappent ».
Il sait que son attachement au site du cap d'Antifer est plus que sentimental et qu'il finira lui aussi par y faire son nid. « C'est vrai », reconnaît-il, fataliste, « je suis en train de m'enraciner ».