En marchant, il a fait des découvertes incroyables, des silex ronds comme des boules parfaites, des géodes avec des langues de cristal, des laves, des branches qui grincent comme des violons, des coquillages qui chantent, des racines, des morceaux d'os, des fragments de végétaux qui ressemblent au souffle d'un volcan. Depuis son enfance, il ausculte la nature, capte sa symphonie : « J'arpente le grand mystère des choses », dit-il. Peintre, musicien, poète, ethnologue, archéologue, et peut-être aussi mage, Emmanuel Dilhac passera finalement à la postérité comme “l'homme qui fait chanter les pierres”. À chacun de ses concerts, le public sort hypnotisé par la beauté sonore de cet étrange orchestre minéral. Toutes sortes de matériaux prélevés dans la nature, classés par familles de sons ou de formes et posés dans des caisses en bois ou sur des tapis de cocos comme une immense partition au sol : c'est tout son matériel. Pas de sono, ni ampli, ni micro. Atypique dans notre monde dominé par le bruit, Emmanuel Dilhac travaille sa musique dans le silence, en frottant, frappant, secouant, il laisse juste la nature échapper sa plainte rauque, ses cris d'animaux, ses sonorités cristallines, toute la gamme des ondulations que l'on dirait sorties de la nuit des temps. « Une musique simple, voire impliste… mais qui demande beaucoup d'efforts ! », précise-t-il. Des heures et des années de recherche et de travail en vérité pour satisfaire une curiosité démesurée. « Tout objet de la nature a priori m'intéresse », reconnaît-il « car chacun porte en lui un son. Il s'agit simplement de trouver la bonne gestuelle qui révélera ce son, entrer en osmose avec l'objet, en restant humble, à sa juste place. » Au-delà de sa musique, de son talent inclassable, l'artiste prêche en militant le respect total et sans condition de la nature. Convaincu qu'il y a une spiritualité dans toute la grandeur et la finesse des choses et que la tolérance s'acquiert à force de travail. « D'où vient l'homme, qu'est-ce qui est essentiel pour lui », voilà ce que dit sa musique, ses mots, sa peinture. Sa façon toute simple de professer le bonheur par une grande écoute. Comme un retour aux sources, vers ce sublime qu'il y a dans l'homme. « Chez moi, il n'y a pas d'angoisse » reconnaît-il. En un mot, s'il avait à se définir, il dirait même qu'il est « un champ de jubilations » ou un « chant » de jubilations. Comme on voudra.