Pour justifier sa passion pour la mer, François Mathieu n'a trouvé qu'une seule explication : « J'étais mauvais élève. » À seize ans et demi, il entre donc dans la marine nationale, histoire d'avoir un métier et passe son CAP d'ajusteur : cinq ans à naviguer, découvrir du pays, suivre le sillage des plongeurs de bord : « j'ai eu l'appel des fonds. »
Depuis, l'envie de plonger ne l'a pas quitté : « C'est le plaisir d'être en apesanteur. Pendant trente minutes, on ne pense plus à rien.» Depuis vingt ans, il explore la côte puis entre au Grieme (Groupe de recherche et d'identification d'épaves de Manche Est) auquel il prête de surcroît ses talents de vidéaste. Au début, « on plongeait sur le sable. Il n'y avait pas de poisson, pas de récif. C'était morne.» Jusqu'au jour où un pêcheur lui parle des épaves et l'emmène sur le Coonagh, un cargo coulé en 1917. Là, c'est le choc : surgissant des eaux troubles, la masse sombre et brutale de l'épave, amas de ferraille disloquée par la rouille semble envahir le fond de la mer.
Puis c'est l'enquête, le mystère. D'où vient ce navire, quel nom porte-t-il, ou allait-il, pourquoi a-t-il été coulé ? Après la plongée sous-marine, vient la plongée dans l'histoire, avant de rendre l'épave à son sommeil. Sur le mur de son bureau, François Mathieu a collé un profil de la côte d'Albâtre découpé dans une plaque de liège. Les petits drapeaux jaunes, piqués dans le papier-peint bleu « ce sont les 800 épaves répertoriées entre le Tréport et le Havre » et les rouges, « les cinquante que j'ai explorées ! » De quoi jeter encore quelques bouteilles à la mer. Et peut-être un jour de réaliser son rêve : « trouver une carcasse d'avion, ou de sous-marin, ce serait vraiment formidable ! »