Il vit à deux pas du hameau de l'Enfer, mais chez lui c'est un paradis. Une grande bâtisse d'autrefois où fourmillent ses souvenirs d'enfance, toute une carrière enfermée dans les tiroirs de ses vieilles commodes, de petits personnages mutins et casqués, sommeillant dans l'odeur des bois anciens. « Je suis né en 1934, l'année de naissance du Journal de Mickey », raconte Hervé Lacoste. Prémonitoire pour ce futur grand dessinateur qui fait aussi partie des lecteurs de la première heure et fervent admirateur du célèbre muridé. « Quand nous en étions encore à l'image d'Epinal, les Américains ont inventé le mouvement, posé les jalons de la bande dessinée ».
Rencontre avec PiloteEn France, le genre est plutôt mal vu et Hervé Lacoste en fera les frais : « J'ai été reçu avec une note de 1 sur 20 en dessin à l'examen de professorat en dessin ! ». Il décroche néanmoins un poste au lycée Corneille de Rouen mais se rêve plutôt dessinateur de presse et passe ses années de jeunesse à noircir le papier d'histoires sans paroles, de pitreries, de croquis trempés de dérision jusqu'au jour où ses dessins accrochent l'attention de Jean-Michel Charlier, aux commandes du journal Pilote, qui lui ouvre les portes du monde de la BD. Hervé Lacoste réalise alors son rêve d'enfance et entre au Journal de Mickey, travaille pour Picsou et Mickey-Parade. C'est à cette époque qu'il côtoie tous les grands noms, Jigé, Michel Motti, Cabu partage avec Franquin l'amour du trait libre, du graphisme élastique, cultive avec talent le sens du raccourci désopilant.
Son héros, CourtepointeFasciné depuis toujours par le Moyen-âge, Hervé Lacoste crée dans la foulée son propre personnage, le chevalier de Courtepointe, sorte d'anti-héros encapsulé dans son armure. Pour la petite histoire, c'est
en pensant au château de Bonaguil, près du fief familial en Périgord, qu'est née l'idée : par esprit de facétie, Bonaguil ou “ bonne aiguille “ est devenu “Courtepointe “…
À 70 ans passé, Hervé Lacoste poursuit toujours une foule de projets dans un métier qui pour lui relève
avant tout de la passion : affiches, illustrations de livres, dépliants publicitaires, journaux... Il pense aussi à tous ceux qui à une époque ont partagé avec lui un peu de leur âme d'enfant : « Je termine un album qui doit sortir pour la fin de l'année », annonce Hervé Lacoste. Le retour de Courtepointe réincarné en “ Brengon de Roquefeuil “, chevalier de Bonaguil. Une aventure, sur fond d'Histoire, qui promet d'être décapante.