Il a le profil de ceux qui ne s'ennuient jamais. Un regard bleu intense perçant sous une lourde tignasse grisonnante, un sourire tout simple. À l'âge de la retraite anticipée, René Vauléon a ouvert ici, dans une rue de Saint-Pierre-en Port, sa boutique spécialisée dans les bandes dessinées “scolaires” ; « l'autre univers de la BD », comme il dit. Une table, une chaise, quelques mètres de linéaires colorés et une haute fenêtre où filtre le soleil ; cela suffit à son bonheur… ou presque ! Car parfois, il laisse tomber ses lunettes et son crayon pour enfiler la tenue de sport et s'adonner à son autre passion, la course à pied.
Faux départUne passion née il y a trente ans : « Par défi, un jour, j'ai voulu faire le marathon de Paris ». Mais dès le deuxième tour, il envisage d'abandonner lorsqu'un vétéran de soixante-trois ans, tout fringant, lui brûle la politesse. « Je me suis dit qu'il fallait que je le finisse ! ». Il boucle l'épreuve à l'arraché et met six mois à s'en remettre mais depuis, le démon de la course à pied ne l'a plus jamais quitté. Les soirées, les weekends, il se défoule, avale les kilomètres : 40, 50 puis 100 km, à raison d'une quinzaine de courses dans l'année et d'un petit entraînement d'une centaine de kilomètres par semaine. « Il arrive un moment où se créée une osmose entre le mental et le physique ». Il n'hésite pas alors à fixer la barre de plus en plus haut. En 1987, il monte une équipe pour participer au Paris-Dakar en course à pied et bat son propre record avec près de 600 km dans les jambes pour un parcours de 3 300 km effectué en relais sur cinq semaines.
Au delà du sportEn avril 2004, il entreprend cette fois le raid mauritanien. Une course de 200 km non-stop sous un soleil de plomb qu'il compte déjà refaire l'année prochaine. Infatigable, René Vauléon aime les défis. Mais pas seulement. Au-delà de la performance sportive, c'est l'expérience humaine, les rencontres, les liens tissés avec les peuples du désert, la recherche de soi : « La course, c'est un face à face avec soi même. Il n'y a pas de technique, pas de moteur, pas de pédale. Il faut puiser dans ses propres ressources ». Un peu de volonté, quelques qualités physiques et surtout une bonne préparation sont pour lui les clés de la réussite.
Transmettre sa passionAujourd'hui entraîneur au club des Corsaires Fécampois avec lequel il vient de s'illustrer aux 100 km de Vendée, il veut faire aimer le sport aux jeunes avant de jeter définitivement l'éponge. Il lui restera alors à raconter ses histoires. Déjà, il s'est lancé dans l'écriture d'un scénario de bande dessinée : 5 tomes sur les pérégrinations d'un jeune mousse sur le GR21. Un sentier qu'il connaît sur le bout des pieds. Et puis, dans sa boutique de BD, on parle d'histoire, d'art, de littérature, mais rien… sur la course à pied.