Pour ceux qui croyaient que les contes n'intéressaient que les enfants, il faut bien se rendre à l'évidence : depuis une vingtaine d'années, le goût pour les récits fabuleux gagne aussi le monde des adultes. Anne-Marie Thoraval en sait quelque chose. Il y a neuf ans, cette ancienne professeur de Lettres devenue documentaliste au collège Gérard Philippe créait au Havre l'association “Autrement Dire” dont elle est aujourd'hui la présidente. « J'ai découvert le pouvoir du conte lorsque j'ai dû faire face à un parterre d'une centaine d'élèves qui arrivaient en chahutant ! ». Il aura suffi de quelques images pour imposer autour d'elle le silence, quelques mots pour captiver l'attention de son auditoire. Initiée au genre par le conteur normand Christian Tardif, Anne-Marie Thoraval s'oriente par affinité vers les contes du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest et part, la tête remplie de récits d'ailleurs, à la conquête de nouveaux publics, dans les bouquineries, les collèges, les bibliothèques. Une tenue sobre, pas de décor, à peine un drap tendu sur les murs quand le cadre est trop austère « comme le jour où je suis allée conter à la prison du Havre », se souvient-elle. Puis les phrases s'emboîtent comme un rythme, une musique qui insensiblement vous embarque dans une autre monde. Elle raconte l'histoire de l'Oiseau du Malheur acheté par une princesse pour tromper son ennui ou celui de la Vache des Orphelins. « Le conte est une parole qui n'a pas d'utilité.
C'est ce qui fait son succès », souligne Anne-Marie Thoraval. Et bien plus qu'une jolie histoire, c'est aussi, dans sa dimension symbolique, une réponse très concrète à un besoin de nos sociétés. Il libère la parole, laisse place à l'échange et nourrit notre légitime désir d'évasion. En d'autres termes, le conte est une façon de dire les choses … autrement.