Comme tous les petits garçons, il aura commencé avec trois bouts de ficelle, une branche de pommier et un peu de papier journal. Mais les rêves ne sont pas faits que pour s'envoler. Un jour, ils reviennent nous surprendre au moment où on ne les attendait plus. « C'était au Festival du cerf-volant de Dieppe de 1998 », se souvient Laurent Fauvel, « j'ai assisté à l'envol de l'O-dako ». Ce cerf-volant traditionnel japonais, classé “trésor national”, d'une envergure d'environ 12 mètres, arrivé par cargo, aura nécessité le concours d'une centaine de personnes pour prendre son envol. Il n'en fallait pas plus pour que ce Dieppois trentenaire se découvre soudain une passion. « J'ai eu envie de faire moi aussi, mon propre cerf-volant ».
Cerf-volant artistiqueMais alors que la plupart des cerfvolistes font de leur loisir une discipline sportive, lui s'oriente d'emblée vers la création. Et après six mois de travail, il fait voler son premier masque africain. Fabriqué en tissu et entièrement cousu à la main, il est aussitôt primé au concours de Création du Festival de Dieppe 2002. « J'ai voulu sortir de la tradition du cerf-volant asiatique », explique tout simplement Laurent Fauvel, déjà sur un autre projet qui, promet-il, sera prêt pour le festival 2006. Son ambition : chercher l'originalité, juste pour attirer l'oeil, épater le public, capter les regards des enfants. Belle entreprise pour celui qui à l'évidence se sent plus à l'aise avec les ciseaux qu'avec les mots : son talent, il l'a au bout des doigts et son travail d'orfèvre est la preuve irréfutable de sa furieuse envie d'explorer jusqu'au bout sa passion. Le ciel est à tout le monde Quand il s'amuse à faire danser son cerf-volant dans le vent sur la plage de Dieppe et que les gens s'arrêtent. « Je leur propose alors de prendre la ligne et d'essayer », avec sans doute, cet espoir secret qu'il suscitera à son tour des vocations. Au contact de la lumière et du vent, le masque s'anime et le dessin devient vivant, promenant au-dessus des têtes son regard mi-inquiet, mi-railleur, et sa barbe de raphia qui subitement s'affole. Sa liberté n'est qu'apparente : « C'est une discipline très technique. Il faut équilibrer les formes, le bridage (ensemble des fils qui le rattachent à la ligne) », souligne Laurent Fauvel qui continue chaque jour à se perfectionner. Mais le cerf-volant crée surtout des liens, une sorte d'empathie qui passe la barrière des langues. Il a quelque chose d'universel, naturellement porteur d'un message de fraternité, que l'on pourrait résumer ainsi : « après tout, le ciel est à tout le monde ! ».