Rien que l'enseigne donne envie de pousser la porte : ”Entrée en matière”, une façon d'introduire ce concept qu'est la perle de verre ; mais c'est aussi l'entrée dans la matière en fusion, rougeoyante
dans le feu du chalumeau. Aujourd'hui Nadine Pilskadlo et Frédéric Marey ont pignon sur rue et façonnent des perles originales à partir de baguettes de verre de couleur importées d'Italie. Quinze ans pour en arriver là et près de dix années à se former. « Mais quand nous avons décidé d'abandonner notre métier pour les perles, nous passions à l'époque pour des doux dingues ! », reconnaît
Nadine Piskadlo. D'ailleurs rien ne les destinait à ce métier. Si ce n'est qu'un jour, « un sac de perles a croisé mon chemin », raconte-t-elle. « J'ai voulu en savoir plus ». Elle commence à feuilleter quelques ouvrages, entreprend des voyages qui la plongent dans ce nouvel univers qu'elle perçoit très vite comme fascinant. « La perle est intimement liée à l'histoire de l'humanité. Depuis toujours, l'homme ramasse des cailloux pour en faire des pièces de parure et toutes les religions connaissent le chapelet de perles ». Puis, éparpillant sur la table le contenu de sa mallette pédagogique « ce sont surtout les matériaux qui ont évolué : le caillou, la corne, le sabot, le bois de cerf, le corail, l'ambre… et enfin, le verre », explique-t-elle, échantillons à l'appui. « Très en vogue au début du XXe siècle, le verre disparaît
ensuite au profit du plastique et c'est seulement il y a une quinzaine d'années qu'il est redécouvert aux États-Unis par une poignée de passionnés. » Un grand voyage outre-Atlantique et c'est alors le déclic. Nadine Piskadlo et Frédéric Marey montent leur atelier. Conscients de ce qu'ils doivent à l'histoire, ils travaillent à des répliques de perles anciennes - gallo-romaines et mérovingiennes - pour le musée de Berck-sur-Mer : « Deux mille ans après, on a recréé les mêmes perles, selon les mêmes techniques et au même endroit ! », note Nadine Piskadlo. Mais ils se lancent aussi dans la création, explorant
les couleurs, les formes inédites. « La perle de verre, c'est un peu le monde du verre contemporain en minuscule, il y a une vraie écriture artistique », résume-t-elle. Dans un coin de l'atelier, Frédéric Marey tourne, quant à lui, inlassable, une nouvelle perle en devenir : « on ne peut pas s'arrêter : la perle doit rester dans le feu, sinon elle risque de casser ». Entre trois minutes et trois heures, c'est le temps qu'il faudra pour réaliser une perle artisanale, selon sa complexité. « Et les possibilités d'expression sont infinies », conclut Nadine Piskadlo qui même après quinze ans, avoue être toujours loin d'avoir fait le tour… de la perle.