Ne lui demandez pas d'avoir les pieds sur terre… il n'est bien que sur l'eau. Les jours de soleil, il pêche, les jours de houle et de gros temps… il surfe. « Comme 80 % des jeunes ici, bien sûr ». Pour Vincent Coquerel, la vie se cale sur la météo. La mine renfrognée des vieux loups de mer, le visage hâlé et le cheveu blond raidi par le sel, ce fils de pêcheur et petit-fils de pêcheur, a toujours eu les yeux tournés vers le large. La pêche ? C'est le seul moyen qu'il a trouvé de gagner sa vie en mer. Quitte à faire de la résistance, quand tous les autres ont depuis longtemps déserté la plage. Et quand il a fini sa tournée des mareyeurs, il tombe la vareuse pour la combinaison de surf. Pour le look, il préfère laisser ça aux jeunes. Lui, ce qu'il veut, c'est s'amuser : « À trois ou quatre, on y va, dès que les conditions le permettent », comprenez, deux heures après la pleine mer, quand la marée descend. Et quelle que soit la saison ! Il guette la plus grosse vague, comme il rêve du plus beau poisson. Mais Vincent Coquerel n'est pas du genre à s'extasier ; sa passion, il la vit plutôt de l'intérieur et les mots viennent au compte-goutte. Ca ne l'empêche pas de savourer chaque jour cette chance qu'il a d'être né au pied « des plus belles vagues de Normandie… Jusqu'à 2 mètres, 2,50 mètres », se contente-t-il d'analyser. Avec en toile de fond, les falaises d'Étretat Autant dire que les plages du sud-ouest ne le font plus rêver depuis longtemps. « Là-bas, ce sont des vagues de sable, ici des vagues de reef », précise-t-il en connaisseur. Une vague molle, lourde et régulière… Et puis, surtout, ici, c'est chez lui ; et il n'aime pas aller ailleurs. Le pêcheur esquisse de temps à autre un sourire mais cache mal son impatience à reprendre ses occupations. Et quand il ne pêche, ni ne surfe ? A-t-on envie de lui demander enfin : la réponse est immédiate : « Je grimpe sur mon voilier et je m'en vais ». On finirait par y croire à cette image d'ours solitaire s'il ne nous racontait comment un jour, il a voulu emmener son petit garçon de trois ans et demi. Il paraît que la mer s'attrape de père en fils. Et quand Vincent Coquerel surfe sur la vague, ce n'est pas qu'un effet de style. Dès qu'il revient sur terre, rien à faire, la mer lui manque et à peine glissé sur le rivage, il n'a de cesse de vouloir repartir. Loin, toujours plus loin. D'ailleurs, « c'est
là-bas qu'elles sont… », conclut-il, tout en désignant un point perdu dans le paysage : « les plus belles vagues ».